Parce que parfois, le destin n'aime pas votre tête :
Il est 9h25, j'ai cours à 10h30. C'est l'horaire le plus tôt de mon planning. Habituellement, je vais en cours en moyenne à 13h. Normal, mes études me préparent à la fonction publique.
Il est 9h30, j'attends mon bus. Le panneau affiche 9 minutes d'attente. Habituellement, ce panneau donne deux horaires identiques. Normal, la RATP n'a toujours pas réparé ce bug concernant le temps d'attente du prochain bus suivant. Normal, c'est la RATP.
Il est 9h40, j'attends mon bus. Je me les gèle. Il y a du vent. Froid ce vent. Normal, on est en décembre. Nous sommes 7 à attendre ce bus, dans le premier arrêt après le terminus. Le panneau indique... quelque chose. Personne ne le sait. Il a freezé entre temps. Tout comme nous à cette température...
Il est 9h50, j'attends mon bus. Nous sommes dorénavant 20 à l'attendre. Il fait froid. Ah, et il pleut. Encore plus qu'avant. Dans l'étroit trottoir, nous nous entassons en essayant la technique de réchauffement des pingouins (ou des manchots). Inefficace. Surtout quand une poussette se trouve en plein milieu du groupe...
Il est 9h55, j'attends mon bus. Cela fait presque une demi-heure qu'on attend. Mais nous sommes des franciliens. Nous savons braver les forces de la nature (humaine). Nous attendons. D'autres non. Ils partent. Les faibles. Moi, je joue à Tiny Tower, je me gèle les mains et j'écoute le second opening de Mawaru Penguindrum.
Il est 9h57, le messie est arrivé. Tel un Père Noël, il vient avec tout plein de cadeaux. Empoisonné bien sûr, c'est la RATP qui gère ce bus. La vingtaine de spartiates attendant depuis une demi-heure se mettent en ordre de bataille : on monte. Enfin, on essaye de pousser les autres de manière la plus amicale possible. Mais il n'y a que des retraités. Les bonnasses, c'est pour une autre fois...
Il est 10h00, je suis dans le bus. Je vérifie encore : c'est la bonne ligne de bus. Mon temps de retard sur les cours : 30 minutes. Ça va, c'est un cours d'amphi de deux heures sur l'Histoire des idées politiques. Qui plus est, c'est pas comme si Proudhon m'était inconnu.
Il est 10h01, je suis dans le bus. Encore 4 minutes de trajet, et j'arrive à la station de métro. Le bus s'arrête. Normal. Il y a des feux. Sauf que c'est pas ça : un camion de déménagement bloque la petite rue. Des gens sortent du bus. Pas pour casser la gueule de ces malotrus, mais par exaspération. Ils auraient pu faire une pierre deux coups...
Il est 10h10, je suis dans le bus. Ce dernier vient de démarrer : le camion a démarré. Puis nous nous arrêtons. Normal. On est proche de l'arrêt... qui est aussi proche d'un autre camion de déménagement. Le chauffeur du bus est un tocard, il ne veut pas activer son mode « like a bus ».
Il est 10h17, j'arrive à la station de métro. J'esquive les vendeurs de ticket à la survette, et je vois qu'aucune chinoise ou japonaise n'est là. Normal, les touristes ne viennent pas se faire arnaquer à cette heure-là.
Il est 10h30, je sors machinalement de mon wagon pour prendre la correspondance. Toujours la même position de wagon, tout devant, près de l'escalier. Puis, j'attends que l'autre train arrive. J'ai froid. Je m'assieds sur leur truc métallique du quai servant de siège. Cela me donne encore plus froid...
Il est 11h00, je suis près de ma destination. Le cours a débuté depuis trente minutes. Cette sans-papier/chômeuse/femelle/gitane (dans le doute, ne rayez aucune mention) est encore là. Normal, elle est née pour égayer le métro de petits mots chaleureux. Par le biais d'un papier, 'voyez ? Toujours le même : « Pas de travail, pas d'argent, une pièce ou deux pour manger, que Dieu vous bénisse » ou un truc comme ça. Cela fait très longtemps que j'ai l'habitude de faire comme si elle n'existait pas. Surtout quand un jour, le petit mot faisait mention de Jésus. C'était bizarre, surtout au vu la tenue musulmane de celui qu'il a donné...
Il est 11h15, j'entre dans l'amphi. Je suis obligé de faire toute la salle pour trouver ma place de prédilection : près de la sortie (oui, une entrée pour plusieurs sorties : les portes ne s'ouvrent que dans un sens). Il n'y a qu'une seule et unique entrée dans cet amphi. Le cours se poursuit. Je sors mon netbook.
Il est 11h16, j'ai tapé une phrase. Une citation que la prof a dicté. Elle annonce que le cours est a présent terminé. J'ai tapé trois lignes. Elle ne fait pas le dernier chapitre consacré au communisme car c'est le dernier cours et qu'on n'aura pas le temps. Je facepalm de toutes mes forces sur la minute de cours que j'ai effectué. Je sens les regards moqueurs. Qu'importe, je ne fais que les sentir, pas les voir.
Il est 11h17, je pars de l'amphi. Je viens de perdre presque deux heures de mon existence, et surtout de mon sommeil, pour assister à une minute de cours. Il pleut. Il y a du vent. Il fait froid. Je suis seul.
Il est 11h28, la sans-papier de tout à l'heure essaye encore de refiler ses mots. J'essaye de lui relifer des baffes, mais je devrais me lever pour ça. Je ne tiens pas à perdre ma place dans ce wagon rempli...
Il est 12h03, j'attends mon bus. Il ne pleut plus, mais je me les gèle encore. Le panneau m'indique 7 minutes. Je suis un francilien, je suis habitué à attendre les transports. Même entouré de jeunes wesh encore au collège. Je suis un francilien, je n'ai le droit d'exprimer ma rage qu'uniquement en voiture...
Il est 12h26, j'attends mon bus. En retard, lui aussi. Mais il arrive. Il est bondé. Normal, nous sommes à un terminus d'une ligne de métro. Plein de gens sortent. Plein de gens entrent également. Qu'importe, mon instinct et mes skills me permettent toujours de prendre le siège passager de devant.
Il est 12h39, je sors du bus. Exténué. Les passagers aussi. Pendant quelques secondes, je me sens supérieur : j'ai été assis pendant tout le trajet, alors que le bus était plein à craquer. Sans compter les retards.
Il est 12h40, je me dirige au supermarché. Un dernier coup d'oeil derrière moi pour me sentir encore une fois supérieur. Je vois quatre bus arrivant en ligne. Les mêmes qui, géré correctement, auraient pu désengorger la ligne de bus. Je baisse ma tête, et je pleure. Le ciel aussi. Personne ne s'en rend compte : la pluie cache mes larmes. À moins que ce soit intérieurement que coulent mes larmes...
Il est 13h15, je suis dans mon appart'. Je suis psychologiquement prêt à monter les cinq étages à pied. L'ascenseur est en mise à niveau depuis deux mois. Cette remise à niveau est en retard aussi, de deux semaines. Sauf que ! L'ascenseur est dorévanant opérationnel ! La preuve : il y a de la lumière à l'intérieur. Enfin, il monte surtout. C'est bien. Mieux qu'il y a trois mois où j'étais bloqué à l'intérieur...
Il est 14h00, je répare mon four à micro-ondes. Qui plus est, je n'ai toujours pas mangé. Normal, je préfère réchauffer mon plat préparé la veille. Mais j'ai de bon skills : j'ai réparé le four à micro-ondes.
Il est 14h01, je suis en train de le remonter fièrement. Le sentiment du travail accompli est immense. Un peu trop d'ailleurs : je le casse en le remontant. Bien sûr, de sorte à ce qu'il soit irréparable. Cette fois-ci, j'ai compris : je vais rattraper ma nuit, alors que je l'avais passé à lire 90 chapitres de Saki.